LOPE DE VEGA CARPIO
LO FINGIDO VERDADERO
IL FAIT SEMBLANT, ET DIT VRAI.
Tragi-comédie fameuse,
Dédiée au Fr. Gabriel Téllez, religieux de l’ordre de Notre Dame de la Merci, pour le rachat des captifs.
PERSONNAGES.
(L’astérisque indique les personnages historiquement attestés.)Marcius.
Maximien.*
Dioclétien.*
Aurélius César.*
Numérien.*
Aper*, consul.
Carin.*
Rosarda.
Celio.
Ginès.
Curius.
Camille.
Deux musiciens.
Lélius, consul.
Sévère.
Fabrice.
Pinabel.
Octave.
Un ange.
Un capitaine.
Un soldat.
Sergeste.
Salluste.
Felisardo.
Lentulus.
Patrice.
Marcelle.
Sulpice.
Un alcade.
Albin.
Le costumier.
NOTES.
On sait que cette tragédie a été très librement imitée par Rotrou dans Le Véritable Saint Genest.
La traduction littérale du titre, « Le Feint véritable », manque d’élégance, et n’est guère intelligible.
Le dédicataire est le célèbre Tirso de Molina, auteur de comédies et en particulier du premier Don Juan connu, Le Trompeur de Séville (El Burlador de Sevilla).
La liste des personnages est assez inexacte; les noms des personnages secondaires sont assez souvent confondus; on relève dans la pièce au moins deux Fabrice, qui ne se distinguent pas toujours de Patrice. Le traducteur a essayé de mettre un peu d'ordre.
C’est, directement ou indirectement, du livre Histoires, intitulé aussi Contre les Païens, composé au IVe siècle par l’ami de Saint Augustin, Orose, que Lope a tiré son savoir.
« En 1039 après la fondation de Rome, Carus* de Narbonne, le trente-deuxième à accéder au pourvoir impérial, le détint pendant deux ans. Alors qu’il avait associé au gouvernement ses fils Carin et Numérien, il périt foudroyé dans son camp sur le Tigre, au cours de la guerre parthique. [...] Numérien, qui avait été avec son père, fut tué, en revenant, par la trahison d’Aper, son beau-père. » Orose, Histoires, Livre VII, 24.4 ; texte établi et traduit par Marie-Pierre Arnaud-Lindet, Les Belles Lettres, 1991, tome II, p.62.
* Le nom complet de Carus est : Marcus Aurélius Carus. C’est lui que Lope appelle Aurélius César, et qu’il dit être à la fois « romain et français », puisque né à Narbonne.« En 1041 après la fondation de Rome, le trente-troisième empereur, Dioclétien, choisi par l’armée, régna vingt ans; dès qu’il disposa du pouvoir, il tua de ses propres mains Aper, l’assassin de Numérien. [...] Il fit un César de Maximien, surnommé « descendant d’Hercule ». Ibidem, p.63.
L’histoire de l’accession de Dioclétien à l’Empire comporte un détail pittoresque, dont Lope fait un excellent usage. L’anecdote vient du recueil de notices biographiques connu sous le nom d’Histoire Auguste. Elle a été souvent reprise et embellie.
« Je pense piquer la curiosité du lecteur en rapportant ici, comme y trouvant naturellement sa place, une histoire peu connue sur Dioclétien auguste, et qui fut pour lui le présage de l’empire. Mon aïeul m’a assuré qu’il la tenait de Dioclétien lui-même. Ce prince (me dit-il), encore dans un des plus bas grades militaires, se trouvait dans une hôtellerie de Tongres, ville des Gaules. Un jour qu’il réglait avec une druidesse le compte de sa dépense journalière, cette femme lui dit : « Vous êtes trop avare, Dioclétien ; vous êtes trop économe. — Je serai prodigue quand je serai empereur, » répliqua Dioclétien en riant et en badinant. « Ne plaisantez pas, Dioclétien, reprit alors la druidesse : car vous serez empereur quand vous aurez tué un sanglier. » Histoire Auguste. Vies de Carus, de Numérien et de Carin. XIV, traduction É. Taillefert, 1846. Lisible sur Wikisource.